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    La Lettre de Jim Womack en version française

    Avec l'accord du Lean Enterprise Institute, nous vous proposons régulièrement la traduction en Français de la lettre de Jim Womack. Toute reproduction publique, même partielle, de cette traduction est soumise à autorisation. Les lettres archivées sont accessibles en bas de page.

    La dernière lettre : Juste-à-temps, juste au cas où, et juste tout faux (22 janvier 2006)

    J'ai commencé mes lettres électroniques immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, comme une réponse aux nombreux commentateurs qui affirmaient que le Juste-à-temps ne pourrait plus fonctionner du fait du risque de rupture des chaînes d'approvisionnement dans le nouvel environnement international. Selon eux, des stocks imposants étaient nécessaires tout au long des chaînes de valeur pour permettre une réponse rapide à des conditions chaotiques.

    Je savais que c’était une analyse totalement erronée de la situation. Compter sur des produits finis entreposés à divers endroits pour répondre d’une manière ou d’une autre à des interruptions des moyens de transport ou dans des usines-clefs serait aussi inefficace que dangereux pour les organisations productives et pour la société tout entière. D’où ma première lettre électronique, « non-sens à propos du Juste-à-temps ». (J'espère que vous savez que celle-ci et mes 50 lettres électroniques suivantes sont disponibles sur www.lean.org (dossier Archives, onglet Community) – et que les traductions françaises des 20 dernières sont en ligne sur www.lean.enst.fr).

    Depuis ce moment, j'ai conservé un dossier de presse sur les raisons avancées par ceux qui pensent que le Juste-à-temps ne peut pas fonctionner dans notre monde moderne. La toute dernière provient de l'édition du 12 janvier du Wall Street Journal, où un article de une porte le titre : « la gestion des stocks en Juste-à-temps rend les Etats-Unis vulnérables à une pandémie. » La phrase capitale dans cet article décrit le problème de la manière suivante : « Au cœur du problème, les pratiques de gestion en Juste-à-temps qui sont très largement répandues visent à réduire les coûts et à améliorer la qualité en réduisant les stocks et en produisant les produits en fonction de la demande ; elles sont à l'opposé de la logique du « juste au cas où », qui promeut le stockage de médicaments, l'intervention du gouvernement, et une préparation générale.

    Donc, si quelqu'un était assez fou pour penser que le Jute-à-temps était une bonne idée après le 11 septembre, certainement il reviendra à la raison devant la perspective de la grippe aviaire! Laissez moi prendre une minute pour voir si je peux remettre ça d'aplomb.

    Premièrement, qu'est-ce que le Juste-à-temps ? C'est une idée toute simple formulée par Kiichiro Toyoda chez Toyota à la fin des années trente. Chaque étape dans un flux de valeur devrait prélever précisément ce dont elle a besoin de l'étape qui la précède dans le flux de valeur. Ce prélèvement devrait être le signal qu’attend l'étape précédente pour immédiatement fabriquer de nouvelles pièces et remplacer exactement celles prélevées. L'idée est de remplacer des systèmes de planification complexes – qui reposent sur l'accumulation centralisée des données et sur des formules complexes – par des systèmes simples et intuitifs qui marchent bien mieux tout en réduisant spectaculairement la taille des stocks le long du flux de valeur.

    Toyota mit en place son système de flux tirés grâce à quelques règles simples. L’une d'entre elles était qu'entre chaque étape dans un flux de valeur il est fondamental de calculer exactement le stock standard. Il s’agit de la quantité de pièces qui doit être disponible pour que le client en aval soit toujours satisfait. Ce stock est composé de trois éléments : le stock tampon, le stock de sécurité, et le stock d'expédition :

    • Le stock tampon, ce sont les produits déjà produits par une étape et qui sont conservés pour faire face à une soudaine augmentation de demande de la part du client situé en aval ;

    • Le stock de sécurité, ce sont les produits ou composants qui sont stockés pour protéger le niveau de production du processus dans le cas où des fournisseurs en amont échouent à répondre pas au signal d'approvisionnement dans les délais ou si le processus lui-même rencontre des problèmes (mauvaise qualité, panne d'équipement, par exemple).

    • Le stock d'expédition, ce sont les produits qui sont rassemblés pour la prochaine expédition.

    La seconde règle cruciale est de choisir un point du flux de valeur comme métronome et d'y placer un stock tampon qui sert à gérer les fluctuations normales de la demande des clients. Ce stock tampon est dimensionné pour répondre à toutes les variations raisonnables de la demande commerciale, pour que le client soit toujours servi. Grâce à ce tampon, chaque étape amont du métronome peut fonctionner sans à-coups, avec une demande lissée sur de longues périodes. Le nom de cette technique, bien sûr, c’est le Heijunka. Quand il est réalisé correctement, le lissage de demande élimine le besoin de stocks tampon entre chaque étape et réduit spectaculairement le stock total au long du flux de valeur.

    Alors, quel est le problème et pourquoi les commentateurs continuent à suggérer que le Juste-à-temps ne peut fonctionner dans un monde chaotique ? Le problème est que les interruptions graves induites par des événements géopolitiques et des catastrophes biologiques ou naturelles doivent être gérées en dehors du cadre du Juste-à-temps. Mélanger les conditions normales d’opération et les situations d’urgence extrême ne conduit qu’à embrouiller les esprits.

    Comment ces problèmes doivent-ils être démêlés ? Analysons à un problème particulier de la grippe aviaire, pour laquelle une des principales inquiétudes est le manque de respirateurs artificiels pour aider les victimes à respirer en attendant que leurs forces reviennent. Les gouvernements doivent dès à présent décider de combien d'unités de réserve – construites et prêtes à fonctionner – ils doivent avoir sous la main pour s'adapter à une soudaine, et énorme, déferlante de demande. (L'article du Wall Street Journal affirme que le gouvernement américain dispose d'un stock de 4 500 respirateurs, mais que des dizaines de milliers d'unités supplémentaires pourraient être nécessaires très rapidement, sachant qu’il ne s’en fabrique actuellement que quelques milliers par an.)

    Ces produits devraient être gérés séparément des stocks commerciaux normaux, sous le contrôle du gouvernement, et dénommés de manière appropriée : stocks d'urgence. Ceux-ci sont simplement la version matérielle d'une police d'assurance, à ceci près que la police est au nom de la société et non d’un individu.

    Refuser cette logique et espérer que le vieux concept de stocks "juste au cas où" situés tout au long du flux de valeur des respirateurs artificiels pourrait résoudre le problème est naïf : le vrai problème, c’est le manque de capacité d’assemblage des composants en produits finis. Et penser que des entreprises vont maintenir de leur propre chef un stock tampon de produits finis adéquat pour traiter une vraie situation d’urgence est également naïf. Elles feraient faillite si elles essayaient.

    (Les gouvernements doivent également décider de la manière de distribuer les stocks d'urgence quand ce sera nécessaire, parce que la fixation des prix par les lois habituelles de l’offre et de la demande ne peut fonctionner dans la panique. La bonne nouvelle, comme l'a montré l'urgence lors de la tempête tropicale Katrina, c’est que les entreprises modernes de logistique comme FedEx et DHL sont capables de livrer les produits rapidement dans des conditions chaotiques, même quand les efforts du gouvernement échouent.)

    Le point clef à retenir, c’est qu'avec des stocks d'urgence en place, comme nous devons tous espérer qu'il y en aura, le Juste-à-temps fonctionne très bien. Il aide les systèmes de production à absorber les variations normales de la demande du marché au moindre coût, avec la meilleure qualité et une réactivité maximale aux désirs des clients. En fait, les économies permises par le Juste-à-temps, que nous avons tout juste commencé à mettre en place sur l’ensemble de notre économie, sont une bonne façon pour la société de se payer des stocks d'urgence.

    Donc, s'il vous plait, quand vous entendez des personnes bien intentionnées mais à l'esprit embrouillé attaquer le Juste-à-temps alors qu'elles devraient dénoncer l’absence de stocks d'urgence, faites ce que vous pouvez pour remettre les choses d'aplomb.

    Cordialement,

    Jim WOMACK
    Président et fondateur du Lean Enterprise Institute
    Merci à Emmanuel JALLAS, LYSIPPE Consulting, pour cette traduction.

    Lettres archivées

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    Page mise à jour le 2006-02-10 parMain.GodefroyBeauvallet
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